Je dois le dire en tant que incipit à ces quelques mots quelques heures après le pseudo discours historique de notre Premier Ministre, que c’est le cœur chargé de frustration que j’engage ce que j’aurais aimé dire à Benyamin Netenyahou quelques minutes après son allocution du 14 juin 2009 à l’Université de Bar Ilan, à Ramat Gan, ma ville.

Frustré je suis d’avoir entendu seize années après la signature des accords d’Oslo que cette avancée si pleine d’espoir qu’ont constitué les accords israélo-palestiniens se sont vus offrir une quasi homélie digne d’obsèques nationales.

Alors qu’à droite on s’offusque du caractère “gauchiste” des propos de Netenyahou, force est de constater que l’idée même d’un Etat palestinien souverain en Judée-Samarie a été définitivement oublié hier soir.

Je ne suis pourtant pas un grand défenseur de la cause palestinienne. Je le dis honnêtement : le sort des Palestiniens m’indiffère. Oui, je pourrais donc être vu, ou lu, comme l’un des membres de cette droite nationale que je combats depuis des années en Israël. Mais  le contraire est la vérité. Le sort des Palestiniens ne m’intéresse pas en tant que destin humaniste d’un peuple dont personne n’a jamais voulu et dont personne ne voudra jamais. Les Palestiniens m’intéressent en ce sens, que seul le passage à l’auto détermination totale pour ces derniers peut assurer pour toujours la sécurité et le devenir de l’Etat hébreu. Obama parlait d’honnêteté, soyons donc francs ! Autrement dit, point d’humanisme universel ici (je ne peux pas en tant que juif me le permettre, car il en va de ma sécurité), mais soucis d’auto préservation. Sans Etat palestinien viable, point de salut pour l’Etat juif. Et c’est bien là la véritable problématique à laquelle la droite israélienne en général et Netenyahou en particuliers n’ont rien compris.

Je m’explique.
Le camp national en Israël entend poursuivre sa mainmise, son occupation si vous voulez, des territoires palestiniens, vus côté israélien comme la terre de “nos ancêtres”. Bien. Mais le maintien de l’occupation, le refus de laisser aux Palestiniens le droit mais surtout le plaisir de s’auto gérer mène l’Etat d’Israël tout droit vers un paradoxe (un de plus !) bien plus complexe (voire le papier que j’ai écrit en 2004 sur le sujet http://www.uejf.org/tohubohu/international/enjeu.html).

En effet, si Jérusalem entend demeurer la seule démocratie du Proche-Orient et que Jérusalem continue de commander  à l’ordre du jour en Judée, en Samarie et d’une certaine manière à Gaza, il faudra “régulariser” les Palestiniens y vivant et les faire devenir israéliens, sous peine de mettre en place un système de vie à deux vitesses fondé sur une certaine forme de ségrégation ethnique.

Dans ce cas, en quelques années seulement, selon l’ancien maître à penser de la droite nationale israélienne, Arnon Sofer, démographe, les non-juifs seront plus nombreux que les juifs entre le Joudain et la Méditerranée et démocratie oblige, en cas de vote, une majorité non sioniste pourrait être élue et faire disparaître de facto l’Etat juif, pierre fondamentale du sionisme !

Je résume. Si Israël refuse la création d’un Etat palestinien à court terme, c’est l’essence même de l’Etat juif qui est en danger que cela soit via la mise en place d’un système proche de l’Apartheid ou  l’émergence d’une majorité arabe non sioniste à la Knesset.

Pou conclure, seule une séparation totale et définitive d’avec les Palestiniens peut garantir le maintien de la majorité juive en Israël et donc la pérennité de cet état que nous construisons depuis 60 ans. Il est dommage et surtout idiot et frustrant de découvrir que notre cher Premier Ministre ne voit les choses de la même manière et de la sorte fait le jeu de celles et ceux qui entendent voir disparaître toute entité juive de cette région du monde.