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Actu proche-orientale et littérature
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Oui, vous me direz qu’il n’en est rien d’avoir compris à l’avance ce qu’il se déroulerait. Oui vous me direz qu’il est intelligent de prétendre avoir su lire les cartes d’une situation dramatique qui va en s’empirant, mais force est de constater que sur mon blog j’ai maintes fois évoqué le rapprochement entre les Etats-Unis et la république islamique d’Iran. Alors voila, c’est officiel, Washington ouvrira un semblant de représentation diplomatique à Téhéran là, où, sous les yeux du monde entier, se prépare la bombe atomique qui viendra frapper Israël sans doute puis qui tombera aux mains de terroristes, lesquels au nom d’Allah, ou en fonction d’une certaine interprétation de son message, transformeront l’Occident en un véritable enfer.
Or, l’enjeu de ce rapprochement est de taille. Se partager les ressources pétrolières irakiennes mais également le contrôle de l’ensemble de la région. Et à l’heure où l’administration Bush se prépare à partir et qu’une relève incertaine montre son nez, cette information se présente comme une sorte de glas sonné à nos oreilles.
Et si, l’invitation de El Assad à Paris pour le 14 juillet par le président français se voulait du moins ingénieuse sinon stratégique, force est de se demander pour quelle raison le service d’état américain a envoyé à Genève son numéro 3 pour discuter directement avec le représentant iranien, une première depuis 30 ans, depuis la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran.
Le pire semble encore à venir.
Dix-huit mois après la mort de son fils lors de la seconde guerre du Liban, David Grossman revient dans les librairies avec un roman placé sous le signe du deuil et de l’incapacité et le refus de le réaliser.
Isha borakhat mibesorasera mis en vente le 7 avril 2008 et est tiré à 20 000 exemplaires, ce qui est gigantesque pour Israël.
Et si les 630 pages de cet ouvrage tant attendu par les lecteurs de Grossman, évoquent le destin tragique de deux hommes, d’une femme et de ses enfants, force est de découvrir, au fil des pages, les larmes dignes et masquées d’un auteur talentueux orphelin de son fils.
L’histoire
Ora, la principale protagoniste voit partir son fils, soldat, au combat dans le cadre d’une opération militaire de grande envergure. Cette femme d’une quarantaine d’années prend alors la décision de déserter sa maison pour ne pas avoir à affronter l’éventualité d’apprendre la mort de son enfant. Elle se refuse tout simplement à accepter l’attente d’une mauvaise nouvelle et la torture qui accompagne cette attente. Elle prend donc la route, direction la Galilée et contacte Abraham, son amour d’enfance lequel l’accompagnera dans son périple à travers le pays, à pieds. Et si Ora entend affronter la fatalité, elle n’oublie pas pour autant son fils dont elle n’a cesse d’évoquer le destin et ce, pour conjurer le sort.
Entre fiction et autobiographie
Ouri Grossman n’avait pas 21 ans et effectuait son service militaire dans les blindés, quand il a été tué pendant les combats au Liban. C’était dans la nuit du 12 au 13 août 2006. Fin janvier 2008, l’écrivain a remis à son éditeur le manuscrit du roman qu’il avait commencé avant le départ de son garçon pour l’armée. Sorte de thérapie qui lui a donné la force de continuer à respirer, selon les mots de l’auteur de Duel.
L’un des protagonistes principaux du nouveau roman de Grossman est un jeune homme qui fait son service dans les chars, exactement comme Ouri qui avant sa mort, fournissait à son père des précisions techniques sur l’armée pour l’aider à composer son oeuvre. Et pour bon nombres de psychologues israéliens spécialistes des troubles post-traumatiques, la question qui se pose est de savoir comment et pour quelle raison, Grossman a pu poursuivre l’écriture d’une fiction si étroitement liée à l’horreur qu’il vit.
Pour David Levin, psychanalyste à Tel Aviv, Grossman « s’est plongé dans l’écriture de son livre, paradoxalement pour des raisons contraires à celles de sa principale protagoniste qui entend fuir le deuil ». « Grossman est un ancien soldat, il affronte de face l’adversité », de préciser Levin.
« Pendant la période de deuil, Amos Oz est venu me rendre visite » se souvient David Grossman en parlant de son ami, le grand écrivain israélien, dans un entretien accordé à nos confrères du Monde. « Je lui ai dit que je ne savais pas si je pourrais sauver le livre. Et lui m’a répondu : ‘mais c’est le livre qui te sauvera’ !’ Il avait raison. ‘Je ne connais pas de meilleure façon d’être dans des situations extrêmes’ », explique l’écrivain. « Le livre a été un endroit où je pouvais affronter ce qui m’arrivait, sans en mourir ».
L’écriture du deuil et le combat pour la paix
« Ecrire son deuil, c’est commencer à s’en défaire », pour Dagmar Wiesser, spécialiste de la question du deuil en littérature. Pour Grossman, il s’agit davantage d’un cri, celui d’un père orphelin de son fils, tombé au combat dans le cadre d’une guerre aux mobiles peu clairs, selon l’auteur qui tend à devenir, malgré lui, l’un des principaux chantres du pacifisme israélien.
Refusant toute apparition dans la presse depuis l’annonce de la sortie de Isha borakhat mibesora, Grossman se présente aujourd’hui sous les traits d’un auteur israélien de grand talent à la modestie qui force au respect. Et si Ora, la principale héroïne du roman fuit la réalité, Grossman, lui, justement par le biais de la fiction entend l’affronter et la modifier, car il en va ainsi, semblerait-il, du rôle de l’écrivain à l’aube du XXIème siècle.
Isha borakhat mibesora à paraître le 7 avril 2008 aux éditions Hasifria Hahadasha, Kibbutz Hameuchad and Siman Kriah books.
Pour Paul Benichou, grand penseur de l’Histoire littéraire, il existe une différence notoire entre le Temps des prophètes et l’Ecole du désenchantement. Et cette différence de se révéler être une question de temps. Comme dirait Woody Allen, « la différence entre la tragédie et la comédie n’est qu’une question de temps ». Si ce n’est qu’en littérature, la prophétie (romantisme du début du XIXème siècle) précède d’une vingtaine d’années, le désenchantement d’un Nerval ou d’un Gauthier.
Et il en va de même en politique et particulièrement pour ce qui est de la France en 2008, petite différence prêt, l’accélération du temps. Il n’aura fallu qu’une dizaine de mois pour passer de l’euphorie à la déception, de la prophétie de rupture à un désenchantement qui s’inscrit directement dans la lignée des prédécesseurs de Nicolas Sarkozy à l’Elysée.
Alors oui, la politique est faite de promesses électorales généralement destinées à finir dans les limbes d’un enfer de campagne passée. Certes, il est un peu tôt pour réaliser le bilan d’une super présidence perdue entre pipolisation à outrance et véritable action sur le terrain.
Mais le véritable changement de cap dans les sondages de ces dernière semaines pour ce qui est de la popularité de Nicolas Sarkozy, relève davantage d’une véritable confrontation avec le réel que d’une désillusion post-électorale.
Oui, il y a eu l’affaire Kadafi. Oui, l’affaire Cecilia-Carla et oui, le pouvoir d’achat demeure l’un des problèmes majeurs de la France en 2008. Mais le désenchantement, en littérature comme en politique, participe désormais du « choc du réel ».
Dans un excellent ouvrage, Story Telling, désormais best seller, Christian Salomon explique avec brio les nouvelles formes de communication politique introduites par les spin doctors d’outre-manche et usitées par les conseillers en communication de l’ensemble de la classe politique française.
Story Telling montre comment et pourquoi, la campagne de 2007 a été construite autour de la fiction. On a raconté aux électeurs une histoire, on les a faits pénétrer au coeur d’une fiction particulièrement bien ficelée au coeur de laquelle l’ancien maire de Neuilly/seine était présenté comme la réponse à l’ensemble des maux français à commencer par l’insécurité. Sorte d’identification itérative dans la lignée des télé-réalité qui peuplent nos petits écrans depuis dix ans maintenant.
Au coeur de cette histoire, pour ne pas dire roman, le principal protagoniste, le héros, se devait dans un avenir proche et sur le mode de la rupture, trouver et appliquer des solutions concrètes et immédiates à ces problèmes.
Or, le 7 mai 2007, au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, le personnage de fiction a fait place à l’homme réel, enclin comme nous tous, à l’imperfection voire à la médiocrité.
Dans un costume bien trop grand pour lui, le président de la République s’avère être bien loin des attentes de ses concitoyens. Incapable dans le réel de faire la différence entre une vie privée très publique et une vie publique à placer sous le signe de la raison d’état, Sarkozy se présente en réalité du moins sous les traits de la maladresse sinon de ceux de la médiocrité prouvant à ses détracteurs que rupture rime parfois avec médiocratie.
A celles et ceux qui attendaient de voir se relever une France en perte de vitesse, une « France qui tombe » pour reprendre l’expression de Nicolas Baverez, Sarkozy propose dans le réel une poursuite maladroite des politiques menées par ses prédécesseurs en ajoutant au passage une touche très personnelle d’obscurantisme mystico-politique, s’attaquant là, à la véritable exception française.
Mais une fois encore, là n’est pas le problème.
Lâché par sa majorité, le président se trouve bien seul, lui aussi, face au réel d’une situation politique, économique et internationale qui ne joue plus en sa faveur.
Un an après son accession au pouvoir, Sarkozy ne s’est jamais trouvé aussi seul qu’aujourd’hui au coeur d’une France qui n’a pas encore troqué le réel pour la fiction d’une histoire politique qu’il paraît singulièrement difficile à adapter de l’américain au français en si peu de temps. Le roman Sarkozy se présente comme un livre dont on aurait lu la dernière page et avec lequel il faut affronter un réel légèrement plus complexe que dans le texte.
Article publié à l’origine sur israelvalley.com - Cliquez ici pour le retrouver.
Il aura fallu attendre plus de seize longs mois avant de lire les conclusions du rapport final de l’enquête menée sur les dysfonctionnements révélés par la seconde guerre du Liban lors de l’été 2006.
Seize mois avant de parcourir les 500 pages que composent un document résumant le travail réalisé par la commission d’enquête sous la houlette de l’ancien juge Winograd.
Principalement axé sur les derniers jours du conflit qui a opposé la milice terroriste du Hezbollah à Tsahal, le rapport final de la commission Winograd évoque également le traitement des populations civiles lors des 34 jours de guerre mais surtout le processus de prise de décisions singulièrement critiqué, échelons politique et militaire confondus.
Malgré le manteau blanc qui a recouvert la capitale, les membres de la commission ont remis leur rapport à 17h00 heure israélienne avant de donner une conférence de presse à 18h00 au coeur du Palais des nations à Jérusalem.
Alors que les commentaires, les réactions, les appels à démissionner et les attaques personnelles fusent de toute part, place aux conclusions principales d’un rapport aux conséquences du moins importantes, sinon capitales pour l’avenir de l’administration Olmert.
1. La seconde du Liban, un fiasco
« La guerre est un grand et grave raté » pour le juge Eliahou Winograd qui évoque l’incapacité de Tsahal à venir à bout d’une « guerrilla » et des tirs de roquettes artisanales qui se sont abattues sur les populations civiles du nord d’Israël. « La décision d’entrer en guerre a été prise sans aucune stratégie », a indiqué le juge Winograd tout en précisant que « la décision du gouvernement de lancer une opération militaire de grande envergure était ‘nécessaire et raisonnable’ ».
« Tsahal n’a pas fourni de réponse effective aux tirs de roquettes Katiousha », ajoute-t-il.
Israël a perdu la guerre « bien que jouissant d’une supériorité aérienne. Aussi bien au niveau politique, qu’au niveau militaire, les chefs de l’exécutif se sont lourdement trompés », conclu l’ancien juge Winograd.
2. Pas de mention spéciale des prisonniers Goldwasser et Reguev
La commission d’enquête n’a pas tenu à évoquer lors de la conférence de presse, le déroulement de l’enlèvement des deux soldats de réserve Ehoud Goldwasser et Eldad Reguev. Enlèvement qui a marqué le début de la guerre.
3. Pas de condamnation de l’offensive terrestre des derniers jours
Les membres de la commission d’enquête n’ont pas condamné l’offensive terrestre lancée dans les dernières heures de la guerre et lors de laquelle 33 soldats israéliens ont été tués. « La décision du cabinet ministériel et du Premier ministre de lancer une opération militaire de grande envergure les 60 dernières heures de la guerre était somme toute logique et raisonnable » ont-ils précisé.
4. Pas de responsabilité personnelle mais une responsabilité collective
« La responsabilité de ce manquement revient de manière identique aux échelons politique comme militaire ». « Ehoud Olmert n’a pas échoué dans sa mission. Ses prises de décision furent logiques ».
Le rapport ne statue pas sur les responsabilités personnelles des décisionnaires tout en précisant qu’ « elles existent » et en accusant principalement l’échelon militaire en général sans pour autant nommer quiconque.
5. Bon point, la résolution 1701, une victoire pour l’Etat hébreu
« la ratification de la résolution onusienne 1701 relève du succès bien qu’elle ait été appliquée qu’en partie » selon la commission d’enquête.
Tremblement de terre politique pour certains, véritable accalmie pour d’autres, toujours est-il que la publication des conclusions finales du rapport de la commission Winograd laisse entrevoir des jours compliqués sur l’échiquier politique israélien.
A gauche (Meretz) comme à droite (Likoud et partis religieux), on appelle dores et déjà à la démission du chef de l’exécutif, qui semble être également chahuté de l’intérieur. En effet, Ehoud Barak, le chef des Travaillistes, père du retrait israélien du Liban en 2000 et actuel ministre de la Défense, doit s’exprimer dans les heures qui viennent quant au maintien ou non de sa formation dans la coalition.
Mais ce n’est pas tout, le silence des «ténors » de Kadima principalement celui de Tsipi Livni et de Shaoul Mofaz semble indiquer au Premier ministre que les primaires du parti de la majorité sont dores et déjà d’actualité .
Et pour Ehoud Olmert, la bataille pour sa survie politique vient de commencer.
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